Pendant plusieurs décennies, l’électroménager a constitué l’un des piliers de l’industrie française. Réfrigérateurs, machines à laver, fours ou aspirateurs étaient produits dans de nombreuses usines réparties sur tout le territoire. Des marques comme Moulinex, Brandt ou Thomson ont longtemps incarné cette tradition industrielle.
Mais depuis les années 1990, le paysage s’est profondément transformé. Sous l’effet de la mondialisation, de la concurrence internationale et de la recherche de coûts de production plus faibles, une grande partie de la fabrication d’électroménager a été progressivement délocalisée.
Aujourd’hui, une question revient souvent chez les consommateurs qui souhaitent privilégier une production locale : existe-t-il encore de l’électroménager Made in France ?
La réponse est plus nuancée qu’on ne pourrait l’imaginer.
L’époque où l’électroménager sortait des usines françaises
Il faut se replonger dans la France des années 1950 pour comprendre à quel point l’électroménager a compté dans l’histoire industrielle du pays. La reconstruction d’après-guerre transforme profondément la société. Les logements se modernisent, les cuisines se réorganisent, et les appareils électriques deviennent progressivement des objets du quotidien.
À cette époque, posséder un lave-linge, un robot de cuisine ou un réfrigérateur n’est pas encore banal. Ce sont des équipements qui symbolisent l’entrée dans une nouvelle ère : celle du confort domestique et du gain de temps dans les tâches ménagères. Les publicités de l’époque parlent d’« émancipation » et de « modernité ». Dans les foyers français, l’électroménager représente la promesse d’une vie plus facile.
Pour répondre à cette demande croissante, une véritable industrie se met en place.
Des marques françaises devenues emblématiques
Plusieurs entreprises vont alors émerger et structurer ce secteur. Certaines deviendront des marques extrêmement populaires, au point d’entrer dans la mémoire collective.
Moulinex, fondée dans l’Orne, incarne sans doute le mieux cette période. L’entreprise se spécialise dans les appareils de cuisine destinés au grand public : robots ménagers, moulins à légumes, mixeurs. Sa devise célèbre — « Moulinex libère la femme » — résume parfaitement l’imaginaire de l’époque.

Dans un autre segment, Brandt s’impose comme l’un des grands noms du gros électroménager. L’entreprise produit réfrigérateurs, cuisinières et machines à laver dans plusieurs usines françaises. Pendant des décennies, ses appareils équiperont des millions de cuisines.
Thomson, de son côté, occupe une position particulière en combinant électronique et électroménager. L’entreprise participe à l’essor des équipements domestiques modernes, à une époque où l’électricité transforme profondément la vie quotidienne.
Enfin, SEB, née à Selongey en Bourgogne, développe une expertise dans les ustensiles et les appareils culinaires. Cocottes-minutes, friteuses et petits appareils électroménagers sortent de ses usines et s’exportent progressivement dans le monde entier.
Ces entreprises ne sont pas de simples marques commerciales. Elles représentent un véritable écosystème industriel.
Des régions entières structurées par ces usines
L’électroménager n’était pas seulement un secteur économique parmi d’autres. Dans certaines régions, il constituait un pilier industriel majeur.
Autour des usines se développaient des réseaux de sous-traitants : fabricants de pièces métalliques, ateliers de plasturgie, fournisseurs de moteurs électriques ou de composants. Des écoles techniques formaient les ouvriers et les ingénieurs dont ces industries avaient besoin.
Dans des villes comme Alençon, Vendôme, Lyon, Dijon ou Orléans, ces entreprises faisaient vivre des milliers de familles. Les usines étaient souvent au cœur de la vie locale : elles structuraient l’emploi, les transports et parfois même l’identité de la région.
À leur apogée, certaines de ces sociétés comptaient plusieurs dizaines de milliers de salariés.
Une production largement nationale
Dans les années 1960 et 1970, la majorité des appareils vendus en France sont effectivement produits dans le pays.
Les chaînes de production — emboutissage des pièces métalliques, assemblage des moteurs, fabrication des plastiques, montage final — sont installées dans des usines françaises. Les appareils parcourent peu de kilomètres entre leur fabrication et leur vente.
Ce modèle correspond à une époque où les chaînes d’approvisionnement sont encore largement nationales ou européennes. La mondialisation industrielle n’a pas encore profondément transformé l’organisation de la production.
L’électroménager français bénéficie alors d’une réputation solide. Les appareils sont conçus pour durer, réparables, et souvent transmis d’une génération à l’autre.
Un secteur symbole de la société de consommation
Au-delà de l’industrie elle-même, l’électroménager devient l’un des symboles de la société de consommation qui émerge dans l’Europe d’après-guerre.
Les catalogues, les grands magasins et les premières grandes surfaces mettent en avant ces appareils qui transforment la vie quotidienne. Les cuisines s’équipent progressivement de réfrigérateurs, de robots et de cuisinières électriques.
Dans ce contexte, la production française répond à une demande en pleine explosion.
Pendant plusieurs décennies, l’idée que ces appareils puissent être fabriqués ailleurs semble presque inconcevable. Les marques sont françaises, les usines sont françaises, et les produits sont majoritairement conçus et fabriqués sur le territoire.
Cette situation va pourtant commencer à changer profondément à partir des années 1980, lorsque la mondialisation industrielle va redessiner les cartes de la production.
Quand les usines ont commencé à disparaître
À la fin des années 1980, quelque chose change progressivement dans l’industrie de l’électroménager. Les marques françaises sont toujours présentes dans les magasins, mais derrière les logos familiers, l’organisation de la production commence à se transformer.
La raison principale tient à une évolution plus large de l’économie mondiale. Les marchés s’ouvrent, les barrières commerciales s’abaissent et de nouveaux acteurs industriels émergent, notamment en Asie. Dans le même temps, les grandes chaînes de distribution prennent de plus en plus de poids et exercent une pression constante sur les prix.
Dans un secteur où les marges sont relativement faibles et où les volumes sont très importants, la question du coût de production devient centrale.
L’arrivée de nouveaux géants industriels
Au cours des années 1990, plusieurs groupes internationaux prennent une place grandissante sur le marché de l’électroménager. Des entreprises sud-coréennes, chinoises ou turques développent des capacités industrielles massives, capables de produire des millions d’appareils à des coûts très compétitifs.
Parallèlement, certains grands groupes européens se restructurent ou fusionnent. Le marché devient plus global, plus concurrentiel et surtout beaucoup plus sensible au prix.
Pour les fabricants historiques, produire exclusivement en Europe occidentale devient de plus en plus difficile.
La logique de la délocalisation
Face à cette pression économique, de nombreuses entreprises prennent la même décision : déplacer une partie de leur production vers des régions où les coûts sont plus faibles et où les chaînes industrielles sont déjà bien développées.
Trois zones deviennent particulièrement attractives.
L’Europe de l’Est, d’abord, attire de nombreux industriels après la chute du bloc soviétique. Des pays comme la Pologne, la République tchèque ou la Hongrie offrent une main-d’œuvre qualifiée à des coûts plus bas, tout en restant proches du marché européen.
L’Asie, ensuite, s’impose progressivement comme l’un des centres mondiaux de la production électronique. La Chine, mais aussi la Corée du Sud ou certains pays d’Asie du Sud-Est, développent des infrastructures industrielles gigantesques capables de produire à très grande échelle.
Enfin, le bassin méditerranéen, notamment la Turquie, devient lui aussi un pôle important pour la fabrication d’électroménager destiné au marché européen.
Dans ces régions, les industriels trouvent à la fois des coûts de production plus faibles et des réseaux de fournisseurs déjà spécialisés dans la fabrication de composants.
La fermeture progressive des sites historiques
En France, les conséquences de ces décisions se font progressivement sentir.
Certaines usines ferment, d’autres réduisent leurs effectifs, tandis que la production se déplace vers les nouveaux sites industriels à l’étranger. Dans plusieurs régions, ces fermetures marquent la fin d’une époque.
Des villes qui avaient construit leur identité autour de ces industries voient disparaître des milliers d’emplois. Les chaînes de sous-traitance locales — fournisseurs de pièces, ateliers spécialisés, transporteurs — sont également affectées.
Cette transformation ne se limite pas à la France. Elle touche une grande partie de l’Europe occidentale, où de nombreux secteurs industriels connaissent la même évolution.
Un changement profond dans la géographie de la production
Au tournant des années 2000, la carte mondiale de l’électroménager a profondément changé.
Les grandes marques continuent d’exister, mais leurs produits sont désormais fabriqués dans des réseaux industriels internationaux. Les composants viennent de plusieurs pays, les appareils sont assemblés ailleurs, puis vendus sur différents marchés.
Pour le consommateur, cette transformation reste souvent invisible. Les logos sont les mêmes, les marques restent familières. Mais derrière l’étiquette, la production s’est largement mondialisée.
L’électroménager devient alors l’un des exemples les plus frappants de cette nouvelle organisation industrielle, où la conception, la fabrication et la distribution peuvent se dérouler dans plusieurs pays différents.
Et c’est précisément cette évolution qui explique pourquoi, aujourd’hui, la question du Made in France dans l’électroménager est devenue beaucoup plus complexe qu’elle ne l’était il y a cinquante ans.
Ce qui reste aujourd’hui de la production française
Contrairement à une idée largement répandue, l’électroménager n’a pas totalement disparu du territoire français. La production existe encore, mais elle est devenue beaucoup plus ciblée et spécialisée qu’elle ne l’était durant l’âge d’or industriel des décennies précédentes.
La France ne fabrique plus la majorité des appareils vendus sur son marché, mais certaines entreprises ont choisi de maintenir des sites industriels dans l’Hexagone, souvent pour des gammes spécifiques ou pour des produits à plus forte valeur ajoutée.
Le cas le plus emblématique est celui du Groupe SEB, aujourd’hui l’un des derniers grands fabricants d’électroménager à conserver une base industrielle importante en France.
Le groupe possède encore plusieurs sites de production sur le territoire et continue d’y investir régulièrement. Il maintient notamment plusieurs usines spécialisées dans le petit électroménager et les articles culinaires, ainsi que des centres de développement technologique.
Parmi les activités encore présentes en France, on trouve notamment :
- la fabrication de robots culinaires et de certains appareils de cuisine
- la production de poêles et ustensiles de cuisson
- l’assemblage de certains aspirateurs
- la fabrication de cartes électroniques et composants à forte valeur ajoutée
Certains de ces sites produisent des appareils ou des composants pour plusieurs marques du groupe, notamment Moulinex, Tefal, Rowenta, Calor ou SEB.
Par exemple, l’usine de Mayenne fabrique des robots de cuisine Moulinex, tandis que le site de Rumilly en Haute-Savoie reste un centre important pour les ustensiles et appareils liés à la cuisson.
Dans certains cas, les usines françaises produisent également des éléments électroniques ou des composants destinés à d’autres sites industriels du groupe, comme à Saint-Lô, où plusieurs millions de cartes électroniques sont fabriquées chaque année pour les appareils du groupe.
Une production désormais partielle
Cependant, il serait trompeur de laisser penser que toutes les marques françaises produisent encore massivement dans l’Hexagone.
La plupart des appareils vendus sous ces marques sont aujourd’hui fabriqués dans un réseau d’usines réparties à travers le monde. Le groupe SEB lui-même dispose d’une organisation industrielle internationale qui combine des sites européens et des sites situés dans d’autres régions du monde afin de servir différents marchés.
Autrement dit, certains produits peuvent être :
- conçus en France
- partiellement produits en France
- assemblés ailleurs
- ou entièrement fabriqués dans d’autres pays
La production française subsiste donc, mais elle représente une partie seulement de l’ensemble de la chaîne industrielle.
Une industrie devenue hybride
Ce modèle hybride — mêlant production locale et production internationale — est aujourd’hui caractéristique de l’électroménager européen.
La France conserve des compétences dans certains domaines : conception, innovation, production de pièces spécifiques ou fabrication de produits techniques. Mais la fabrication de masse, elle, s’est largement déplacée vers d’autres régions du monde.
Malgré cela, ces sites industriels restants jouent un rôle important. Ils permettent de maintenir des compétences techniques, des emplois qualifiés et des capacités d’innovation qui continuent de structurer une partie de l’industrie française.
Pourquoi fabriquer de l’électroménager localement est devenu si difficile
À première vue, un appareil électroménager semble être un produit relativement simple : un moteur, quelques pièces mécaniques, un boîtier en plastique ou en métal, et un peu d’électronique. Pourtant, derrière un grille-pain, un aspirateur ou un lave-linge se cache aujourd’hui une chaîne industrielle mondiale extrêmement complexe.
C’est cette complexité qui rend la fabrication locale beaucoup plus difficile qu’on ne pourrait l’imaginer.
Des produits devenus très technologiques
Les appareils électroménagers d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux des années 1970.
Un lave-linge moderne contient par exemple :
- des cartes électroniques
- des capteurs intelligents
- des moteurs à haute efficacité énergétique
- des microcontrôleurs
- parfois même une connexion Wi-Fi ou Bluetooth
Cette évolution a profondément transformé l’industrie. L’électroménager est devenu un secteur hybride, à mi-chemin entre la mécanique, l’électronique et l’informatique embarquée.
Or, la production de ces composants électroniques est aujourd’hui très largement concentrée en Asie, notamment en Chine, en Corée du Sud, à Taïwan ou au Vietnam. Ces régions disposent d’écosystèmes industriels complets : fabricants de semi-conducteurs, fournisseurs de circuits imprimés, assembleurs et spécialistes de l’électronique.
Sans accès direct à ces réseaux industriels, fabriquer un appareil entièrement dans un seul pays devient extrêmement compliqué.

Une industrie construite autour des économies d’échelle
L’électroménager appartient à une catégorie bien particulière de produits industriels : ceux qui doivent être fabriqués à très grande échelle pour rester compétitifs.
Les fabricants doivent produire des millions d’unités pour amortir les coûts de développement, de machines industrielles et de logistique. Plus les volumes sont élevés, plus le coût unitaire diminue.
C’est précisément ce que permettent certaines régions du monde où se sont concentrées d’immenses plateformes industrielles. Dans ces zones, plusieurs usines spécialisées peuvent travailler ensemble : l’une fabrique les moteurs, l’autre les cartes électroniques, une troisième assemble les appareils.
Cette concentration industrielle permet de réduire considérablement les coûts.
À l’inverse, produire dans un pays où ces chaînes industrielles sont moins présentes peut entraîner des coûts plus élevés et une logistique plus complexe.
Un marché extrêmement sensible au prix
Un autre facteur joue un rôle déterminant : la pression constante sur les prix.
Contrairement à des secteurs comme la maroquinerie, l’horlogerie ou certains métiers d’art, l’électroménager est perçu par les consommateurs comme un produit fonctionnel. La décision d’achat se fait souvent en comparant plusieurs appareils similaires.
Dans les magasins ou sur les plateformes de commerce en ligne, les consommateurs regardent généralement :
- le prix
- la capacité ou la puissance
- les fonctionnalités
- la consommation énergétique
Dans ce contexte, quelques dizaines d’euros peuvent suffire à faire basculer la décision d’achat.
Pour les fabricants, cela signifie que le moindre écart de coût de production peut avoir un impact direct sur la compétitivité d’un produit.
Une chaîne d’approvisionnement mondiale
Au fil des décennies, l’industrie de l’électroménager s’est donc organisée autour d’une logique globale.
Un appareil vendu en Europe peut par exemple :
- être conçu en France
- utiliser un moteur fabriqué en Europe de l’Est
- intégrer des composants électroniques asiatiques
- être assemblé dans une usine située dans un autre pays
Ce modèle permet aux entreprises d’optimiser les coûts et d’accéder aux fournisseurs les plus spécialisés.
Mais il rend aussi beaucoup plus difficile le maintien d’une production entièrement locale.
Une question d’écosystème industriel
Produire de l’électroménager dans un pays ne dépend pas seulement d’une usine. Cela nécessite tout un écosystème industriel : fournisseurs de composants, spécialistes de la plasturgie, fabricants de moteurs électriques, sous-traitants électroniques et réseaux logistiques.
Lorsque cet écosystème se fragilise ou disparaît, il devient difficile pour une industrie de se maintenir localement.
C’est précisément ce qui explique pourquoi, aujourd’hui, la fabrication d’électroménager est devenue l’une des activités industrielles les plus sensibles aux dynamiques de la mondialisation.
Existe-t-il encore des appareils réellement fabriqués en France ?
La question revient souvent chez les consommateurs qui souhaitent privilégier une production locale. Et la réponse est moins simple qu’un oui ou un non.
Oui, certains appareils électroménagers sont encore fabriqués en France. Mais il s’agit aujourd’hui d’une production très ciblée, concentrée sur quelques catégories de produits et sur un nombre limité d’usines.
Contrairement aux décennies passées, la France ne produit plus la majorité des appareils vendus sur son marché. La fabrication s’est largement déplacée vers d’autres régions du monde. Pourtant, certaines poches industrielles subsistent.
Le cas du Groupe SEB
L’exemple le plus visible est celui du Groupe SEB, qui reste l’un des derniers grands fabricants d’électroménager à maintenir plusieurs sites industriels en France.
Le groupe possède encore plusieurs usines dans l’Hexagone, notamment à :
- Mayenne, où sont fabriqués certains robots de cuisine Moulinex
- Selongey (Côte-d’Or), berceau historique du groupe
- Rumilly (Haute-Savoie), centre majeur pour les appareils de cuisson et les ustensiles Tefal
- Pont-Évêque (Isère) pour certains aspirateurs Rowenta
- Saint-Lô (Manche), spécialisé dans les cartes électroniques utilisées dans les appareils du groupe
Dans ces sites, plusieurs catégories de produits continuent d’être fabriquées ou assemblées en France, notamment :
- certains robots culinaires
- des aspirateurs haut de gamme
- des friteuses et appareils de cuisson
- certains ustensiles de cuisine
Ces productions représentent toutefois une fraction du catalogue total du groupe, qui possède également de nombreuses usines en Europe et en Asie.
Des niches industrielles dans le gros électroménager
Dans le domaine du gros électroménager (lave-linge, fours, réfrigérateurs), la production française est beaucoup plus limitée qu’autrefois.
Il subsiste néanmoins quelques sites industriels, par exemple :
- l’usine Brandt à Orléans, qui fabrique encore certains fours et tables de cuisson
- l’usine Sauter / De Dietrich en Vendée, spécialisée dans les appareils de cuisson
Ces sites produisent une partie des équipements vendus sous ces marques, même si les groupes auxquels elles appartiennent disposent également d’usines dans d’autres pays européens.
Une production souvent partielle
Il faut toutefois comprendre qu’un appareil “fabriqué en France” ne signifie pas nécessairement que tous ses composants sont produits sur le territoire.
Dans la plupart des cas, la production fonctionne de manière hybride :
- certains composants proviennent de fournisseurs européens ou asiatiques
- certaines pièces sont fabriquées en France
- l’assemblage final peut être réalisé dans une usine française
Ce modèle est aujourd’hui la norme dans l’industrie.
Une production devenue minoritaire
Au final, les appareils réellement fabriqués en France existent encore, mais ils représentent une part relativement limitée du marché.
La majorité des produits électroménagers vendus dans les magasins français provient désormais de chaînes industrielles internationales, situées en Europe de l’Est, en Turquie ou en Asie.
Quand la fabrication part, mais que l’ingénierie reste
Lorsque les usines ferment ou que la production se déplace vers d’autres pays, tout ne disparaît pas forcément. Dans de nombreux secteurs industriels, y compris l’électroménager, une partie essentielle de l’activité reste souvent dans le pays d’origine : la conception des produits.
Car fabriquer un appareil n’est qu’une étape dans un processus beaucoup plus long.
Avant qu’un robot de cuisine, un aspirateur ou un four n’arrive dans les rayons d’un magasin, il a souvent fallu plusieurs années de recherche, de développement et de tests. Ce travail se déroule généralement dans des centres d’ingénierie où se concentrent les compétences techniques.
Des centres d’ingénierie toujours présents en France
Même lorsque la production est répartie à l’échelle mondiale, beaucoup d’entreprises conservent dans leur pays d’origine les équipes chargées de concevoir les produits.
Ces centres regroupent différentes fonctions :
- ingénieurs en mécanique et en électronique
- spécialistes des matériaux
- designers industriels
- équipes chargées de l’ergonomie et de l’expérience utilisateur
- laboratoires de tests et de certification
C’est dans ces lieux que sont définis les caractéristiques techniques d’un appareil : puissance du moteur, consommation énergétique, durée de vie des composants, sécurité, facilité d’utilisation ou encore design.
Pour certains groupes industriels, ces centres représentent le cœur stratégique de l’entreprise.

Une part importante de la valeur économique
Dans l’économie industrielle moderne, la valeur d’un produit ne se situe pas uniquement dans sa fabrication. Une grande partie provient des étapes en amont : conception, innovation et développement technologique.
Un robot de cuisine, par exemple, ne se résume pas à un assemblage de pièces. Il intègre des années de recherche sur :
- les performances des moteurs
- les systèmes de sécurité
- l’efficacité énergétique
- la fiabilité des composants
- l’ergonomie de l’appareil
Ces connaissances constituent un capital technologique qui peut représenter une part importante de la valeur d’une entreprise.
C’est pourquoi de nombreux groupes choisissent de maintenir leurs équipes d’ingénierie dans les pays où se trouvent leurs racines industrielles.
Un modèle industriel devenu global
Dans ce modèle, il n’est pas rare qu’un appareil suive un parcours international.
Il peut par exemple :
- être conçu dans un centre d’ingénierie en France
- utiliser des composants fabriqués dans plusieurs pays
- être assemblé dans une usine située ailleurs
- puis être distribué dans toute l’Europe.
Ce type d’organisation est devenu courant dans de nombreuses industries.
Il illustre une transformation plus large de l’économie mondiale : les différentes étapes de la chaîne de valeur — conception, fabrication, assemblage, distribution — peuvent désormais se dérouler dans des pays différents.
Pour certains observateurs, cela pose une question importante : un produit peut-il encore être considéré comme “français” lorsque seule sa conception l’est ?
Cette interrogation alimente aujourd’hui de nombreux débats autour du Made in France et de la relocalisation industrielle.
Comment reconnaître un électroménager réellement fabriqué en France
Pour un consommateur qui souhaite privilégier une production locale, identifier un appareil réellement fabriqué en France peut s’avérer plus compliqué qu’il n’y paraît. Les marques mettent souvent en avant leur origine française, mais cela ne signifie pas toujours que l’appareil a été produit sur le territoire.
Le premier élément à observer reste la mention précise du lieu de fabrication. Lorsqu’un appareil indique clairement « Fabriqué en France » ou « Made in France », cela signifie en principe que l’étape principale de transformation ou d’assemblage a été réalisée dans l’Hexagone. À l’inverse, certaines mentions plus vagues comme « conçu en France » ou « design français » renvoient généralement à la phase de conception plutôt qu’à la fabrication.

Un autre indicateur utile est la transparence de la marque sur son organisation industrielle. Certaines entreprises détaillent sur leur site internet l’emplacement de leurs usines, les étapes de fabrication réalisées dans chaque site ou encore l’histoire de leurs implantations industrielles. Ces informations permettent souvent de mieux comprendre où et comment les produits sont réellement fabriqués.
Il existe également quelques labels plus exigeants, comme Origine France Garantie, qui imposent des critères précis concernant la part de la production réalisée en France. La présence de ce type de label constitue souvent un signal plus fiable qu’une simple mention marketing.
Enfin, certaines entreprises choisissent de mettre en avant leurs sites industriels français dans leur communication. Photos d’usines, reportages sur les lignes de production ou mise en avant des équipes locales permettent de valoriser cet ancrage territorial et d’apporter davantage de transparence aux consommateurs.
Dans un secteur où les chaînes de production sont désormais largement mondialisées, ces indices restent aujourd’hui l’un des meilleurs moyens pour les consommateurs de distinguer les appareils réellement fabriqués en France de ceux qui ne le sont que partiellement.
Les initiatives de relocalisation
Depuis quelques années, la question de la relocalisation industrielle suscite un regain d’intérêt en Europe.
La crise sanitaire, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les préoccupations environnementales ont mis en lumière la dépendance à certaines productions étrangères.
Dans ce contexte, certains acteurs industriels réfléchissent à rapatrier certaines activités en Europe ou en France.
Ces initiatives restent encore limitées, mais elles témoignent d’une évolution possible du modèle industriel.
Un symbole des transformations de l’industrie européenne
L’histoire de l’électroménager français illustre plus largement les transformations de l’industrie en Europe.
En quelques décennies, la production est passée d’un modèle largement national à un système beaucoup plus internationalisé.
Certaines compétences ont disparu, d’autres ont évolué, tandis que de nouvelles activités — comme la conception ou l’innovation — se sont développées.
La question du Made in France dans l’électroménager ne renvoie donc pas seulement à l’origine des produits. Elle révèle aussi les enjeux économiques et industriels qui façonnent la production dans une économie mondialisée.